Saint Germain-des-Près : l'esprit rive gauche

Il en est des quartiers à Paris parfaitement identifiables tant leur esprit envahit le champ de nos références. Prononcer le mot Saint Germain-des-Près n'est en effet jamais neutre. D'un nom propre, il est devenu nom commun chargé d'un sens gravé par l'écriture des siècles.

 

Simple bourg extérieur à Paris au Haut Moyen Âge, c'est l'abbaye du même nom qui la fait entrer dans l'histoire, celle d'une structure seigneuriale puissante possédant un des domaines les vastes du royaume. Richesse terrestre certes mais richesse céleste aussi : Saint Germain et son scriptorium est un des phares intellectuels de l'Occident : moines copistes et bibliothèques attirent les sages. Le Pré aux clercs devient le terrain de jeu favori d'étudiants chahuteurs et insolents.

               Plus tard, au 16e siècle, les Maurristes inventent la Diplomatique aux origines de la méthode historique. A la révolution, les Cordeliers tels Danton et Marat maltraitent les vieux principes d'Ancien Régime. L'école des Beaux Arts au 19e dresse le quartier de galeries d'art. Au 20ème siècle, les cafés de Lipp, de Flore, des Deux Mageots voient opposer la bande existentialiste de Sartre et Beauvoir aux "Vieux littérateurs" tandis que dans les caves à jazz l'Amérique envahit les moeurs et les fringues des zazous germanopratins.

 

Mais cette Rive gauche, clairière intellectuelle de Paris pendant des siècles est-elle toujours vivace ? Depuis que "les marchands de malappris vendent leurs habits en librairie", la rive droite n'aurait-elle pas envahit la Rive gauche...définitivement ?